Allemagne : les constructeurs auto veulent rogner salaires et congés
Cet automne, les négociations collectives de la métallurgie allemande s'annoncent tendues. Volkswagen, BMW, Mercedes, Porsche : les grands noms de l'auto veulent revenir sur des avantages acquis depuis des décennies. En face, le syndicat IG Metall promet de la résistance.
Des salaires 44 % au-dessus de la moyenne allemande
Un salarié de l'industrie automobile allemande touche en moyenne 92 893 euros bruts par an, d'après l'Office fédéral des statistiques. Soit 44 % de plus que la moyenne nationale, qui plafonne à 64 441 euros. Enzo Weber, économiste au centre de recherche sur le marché du travail IAB, explique cet écart par deux facteurs : une syndicalisation très forte et une productivité élevée.
Dans le détail, les écarts entre marques sont marqués. Chez Volkswagen, la moyenne tourne autour de 65 000 euros. BMW monte à près de 82 000, Mercedes à 89 000, et Porsche dépasse les 100 000 euros bruts annuels. Le constructeur de Stuttgart compte même plus de 200 collaborateurs rémunérés au-dessus de 300 000 euros par an, en bonne partie des ingénieurs recrutés au centre de recherche de Weissach pour accélérer le virage électrique.
Primes rabotées, grille salariale réécrite
Volkswagen a lancé la refonte la plus profonde de sa grille de rémunération depuis des décennies. Les salariés sont en train d'être reclassés, et les paiements liés à la convention collective doivent baisser de 6 %, avec un impact concentré sur les nouvelles embauches. Les bonus des managers seront davantage indexés sur la performance individuelle. En parallèle, la prime complémentaire T-ZUV n'est plus versée, une partie de l'intéressement a sauté, et l'augmentation conventionnelle de 5,5 % qui venait d'être négociée est gelée jusqu'en 2030.
Chez Mercedes, les salariés sous convention percevaient encore en 2025 six primes différentes dans l'année, dont une participation aux bénéfices en avril et une prime de vacances en mai. Plusieurs d'entre elles sont dans le viseur. Le constructeur a déjà stoppé le versement du « Trafobaustein », qui représentait tout de même 18,4 % d'un mois de salaire. Du côté de BMW et de Porsche, c'est le treizième mois qui a été raboté. Les ouvriers de Porsche sur chaîne ont tout de même sauvé la fameuse « pause Steinkühler » : cinq minutes de récupération et trois minutes de pause toilettes par heure travaillée.
Retour aux 40 heures ?
Heures supplémentaires incluses, un salarié de l'auto allemande travaille aujourd'hui 36,9 heures par semaine. La convention de branche fixe la durée à 35 heures depuis 1995. Martin Brudermüller, président du conseil de surveillance de Mercedes, a relancé le débat en appelant à revenir aux 40 heures hebdomadaires, à salaire inchangé.
Enzo Weber juge l'idée hors sujet. Pour lui, ce qui plombe la filière, ce n'est pas le coût du travail mais le déficit d'innovation. L'écart de salaires avec le reste de l'Union européenne se resserre déjà de lui-même. IG Metall va dans le même sens : la masse salariale ne pèse que 10,7 % des coûts totaux du secteur. Autrement dit, il y a d'autres postes où tailler avant de s'attaquer aux fiches de paie. Et allonger le temps de travail en pleine crise des commandes reviendrait, selon le syndicat, à détruire des emplois.
Une filière qui fond déjà
Le mouvement de fond est inquiétant. Entre les constructeurs et leurs équipementiers, l'Allemagne comptait 833 000 salariés en 2018, le pic historique. On en est aujourd'hui à 691 000, soit 17 % de moins. Et la saignée pourrait s'accélérer : chez VW, on parle de doubler le plan de suppression de postes en cours pour atteindre 50 000 emplois en moins. BMW évoque de son côté 8 000 postes supplémentaires sur la sellette, selon des sources internes.
IG Metall a appelé à une journée d'action nationale le 21 septembre, en prévenant du risque d'un « assèchement » industriel outre-Rhin. L'enjeu dépasse la seule filière : l'automobile pèse autour de 4 % de la valeur ajoutée brute allemande. Si vous suivez le secteur électrique de près — en tant qu'acheteur d'une ID.3, d'une i4 ou d'une Taycan — gardez un œil sur ces négociations. Les arbitrages de l'automne allemand pèseront sur les cadences, les délais de livraison et, à terme, les prix catalogue en concession française. Avant de signer un bon de commande, demandez au vendeur le délai réel estimé sur votre modèle : c'est souvent là que les tensions sociales d'outre-Rhin se voient en premier.
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