Volkswagen en crise : Blume prépare le plus gros virage de son histoire
Chez Volkswagen, l'ambiance n'est plus au discours feutré. Oliver Blume, patron du premier constructeur européen, vient de qualifier la situation du groupe de « plus que critique ». Un aveu inhabituel qui annonce des semaines décisives pour les modèles, les usines et les salariés.
Un patron qui hausse le ton
« Tout se joue dans les prochaines semaines. Tout le monde doit tirer dans le même sens. » L'appel de Blume est passé par la presse dominicale allemande, à quelques jours d'assemblées générales extraordinaires dans les usines. Le vocabulaire tranche avec celui d'un dirigeant longtemps réputé diplomate. En interne, il a même parlé d'une « méga-crise » qui frappe toute l'industrie automobile mondiale, et Volkswagen n'y échappe pas.
Le contexte, on le connaît : demande européenne en berne, offensive chinoise sur les prix, milliards engloutis dans la voiture électrique et le logiciel, une structure de coûts que la direction juge décrochée par rapport aux concurrents. Rien que sur le Vieux Continent, le groupe estime disposer de plus de 500 000 véhicules de surcapacité par an. Autrement dit, on produit à côté du marché.
Moitié moins de modèles, trois quarts de finitions en moins
C'est le volet qui va parler aux automobilistes. Volkswagen prévoit de réduire sa gamme de jusqu'à 50 % à long terme, et de couper jusqu'à 75 % des variantes et options. Concrètement, chaque modèle devra peser plus lourd économiquement, avec des volumes plus élevés pour amortir développement et production.
On tourne la page d'une stratégie qui a longtemps consisté à multiplier les niches et à décliner chaque voiture en une dizaine de finitions. Les plateformes, l'électronique embarquée et le logiciel seront unifiés bien davantage. Aucun modèle n'est officiellement cité comme condamné, mais les valeurs sûres comme la Golf, le Tiguan, le T-Roc, ainsi que les ID.3 et ID.4, semblent à l'abri. Le suspense porte sur tout le reste : c'est là que les arbitrages des prochains mois vont faire mal.
Quatre usines allemandes sur la sellette
La logique est simple : moins de modèles, moins de sites nécessaires. Blume a nommé quatre usines pour lesquelles aucune perspective compétitive claire n'existe aujourd'hui après 2030 : Emden, Hanovre, Zwickau et Neckarsulm. Cela ne veut pas dire fermeture automatique, mais ces sites attendent des attributions de futurs modèles pour justifier leur charge.
Zwickau est le cas le plus symbolique. L'usine a été entièrement convertie à l'électrique, elle est devenue la vitrine du virage batterie du groupe, et pourtant ses effectifs ont fondu. Une ligne de production doit disparaître en 2027. La direction locale et les élus régionaux espèrent maintenant décrocher de nouveaux projets pour remplir les chaînes. Hanovre, de son côté, voit sa structure bouger avec la coopération signée avec Ford sur les utilitaires électriques.
Un plan qui coince encore au conseil de surveillance
Rien n'est encore validé. Le paquet de mesures avait été recalé début juillet par le conseil de surveillance de Volkswagen. Une nouvelle discussion est prévue début septembre. En parallèle, les négociations continuent avec le comité d'entreprise, qui reproche à la direction un manque de transparence. Les assemblées extraordinaires qui s'ouvrent après les congés d'été marquent donc plus qu'une réunion d'information : c'est le coup d'envoi d'un bras de fer interne.
Des dizaines de milliers de postes doivent disparaître d'ici 2030, des projets ont déjà été gelés, les coûts des usines allemandes ont baissé. Blume estime pourtant que le vrai problème – une entreprise devenue trop complexe, trop lente, trop chère – n'est pas encore réglé.
Ce que ça change pour un acheteur français
Si vous lorgnez une Volkswagen dans les prochaines années, attendez-vous à un catalogue plus resserré, avec moins de finitions à cocher mais des tarifs sans doute mieux tenus grâce aux volumes. Les modèles de niche vont s'effacer au profit des grands succès. Pour comparer sereinement, jetez déjà un œil aux offres actuelles sur Golf, Tiguan, ID.3 et ID.4 chez plusieurs concessionnaires : ce sont les valeurs sûres du futur catalogue, et donc celles où les remises pourraient s'accélérer dès que la nouvelle stratégie sera actée en septembre.
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