Kode89 : le designer de la Ferrari Enzo signe une supercar V12 à l'ancienne

M Par Marion ·
Kode89 : le designer de la Ferrari Enzo signe une supercar V12 à l'ancienne
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Pendant que la plupart des constructeurs empilent kilowatts, batteries et boîtes à double embrayage, un designer japonais prend le contre-pied. Ken Okuyama, ancien de Pininfarina et papa du dessin de la Ferrari Enzo, vient de dévoiler la Kode89 lors de la Monterey Car Week. Une sportive à V12 atmosphérique, boîte manuelle et grille de sélecteur. Rien que ça.

Une silhouette qui assume les années 90

La voiture a été présentée au Concours d'Élégance de Pebble Beach, en Californie. Ses cotes disent déjà tout : 4,61 m de long, presque 2 m de large et à peine 1,14 m de haut. Une carrosserie basse, tendue, avec des voies larges et une ligne épurée. Okuyama ne cherche pas à empiler les appendices aérodynamiques, il mise sur les proportions, comme on le faisait sur les GT de Maranello ou Sant'Agata Bolognese il y a trente ans.

Le résultat ressemble à une supercar sortie d'une réalité parallèle, où l'électrification et les écrans tactiles n'auraient jamais débarqué. La caisse est en fibre de carbone, posée sur un châssis maison en aluminium de type space frame (une structure tubulaire légère).

V12 central, boîte manuelle, grille métallique

Au cœur de l'auto, un V12 atmosphérique en position centrale arrière, monté longitudinalement. La version de base développe 548 chevaux à 7 000 tr/min et 569 Nm de couple, pour une cylindrée de 5,4 litres. Un préparateur japonais travaillerait déjà sur une évolution 5,9 litres capable d'atteindre environ 760 chevaux, dans une variante plus radicale.

Le plus beau, à nos yeux, se trouve dans le tunnel central : une boîte manuelle à six rapports, avec la fameuse grille apparente. Le genre de détail qu'aucun grand constructeur ne propose plus, y compris ceux qui ont bâti leur mythe autour du geste. La puissance part uniquement aux roues arrière. Pas de transmission intégrale, pas de mode drift piloté par ordinateur, juste une pédale d'embrayage.

Huit exemplaires, trois déjà partis

Ken Okuyama Cars ne produira que huit Kode89 au total. Le premier exemplaire a été montré à Pebble Beach, les deux voitures prévues pour cette année sont déjà vendues. Autant dire un objet plus proche de la pièce de collection que de la sportive qu'on croise sur route ouverte.

Chaque client travaille avec un concierge dédié pour configurer sa voiture, d'une version allégée et radicale à une interprétation plus feutrée. On imagine facilement les prix, même s'ils ne sont pas communiqués : sur ce genre de séries confidentielles, la barre du million d'euros est rarement un plafond.

Le CV du bonhomme, pour comprendre l'objet

Ken Okuyama a fait ses classes chez Pininfarina, où il a participé au dessin de plusieurs Ferrari, dont l'Enzo. Il a ensuite monté sa propre structure au Japon, spécialisée dans les carrosseries sur mesure. Ses précédents travaux, la Kode 0 et la Kode 57, reposaient sur des bases Lamborghini Aventador et Ferrari 599. La Kode 9, plus ancienne, empruntait le châssis d'une Lotus Elise. La Kode89 change la donne : c'est le premier modèle entièrement développé en interne, châssis compris.

Ce qui rend l'exercice intéressant, ce n'est pas la fiche technique brute. C'est le refus assumé de la course aux chiffres. Pas de pack batterie, pas de puissance à quatre chiffres, pas de boîte robotisée, aucune couche de logiciel entre le conducteur et la mécanique. À contre-courant complet du marché.

Si l'idée d'un V12 atmosphérique manuel vous intrigue, jetez un œil au calendrier des prochains rassemblements de collectionneurs près de chez vous : c'est probablement là, plus que sur une route de montagne, que vous aurez une chance d'en croiser une des huit.

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