Longtemps tolérée, parfois sanctionnée, l’interfile moto dispose enfin d’un cadre légal clair. Le décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025 a tout changé. Entré en vigueur le 11 janvier, il autorise la circulation entre les files partout en France, sous conditions strictes. Voici ce que tout motard doit savoir pour remonter les files sans risquer 135 € d’amende et 3 points.
Interfile moto : une pratique enfin légalisée
Avant 2025, la circulation inter-files (CIF) n’avait aucune base légale : massivement pratiquée, elle n’était ni enseignée, ni encadrée. Après deux phases d’expérimentation successives (2016-2021, puis 2021-2024) menées dans quelques départements et évaluées par le CEREMA, le bilan s’est révélé favorable : une accidentalité stable et des règles bien acceptées, y compris par les automobilistes.
Sur cette base, le décret du 9 janvier 2025 a inscrit l’interfile à l’article R.412-11-3 du Code de la route et l’a généralisée à l’ensemble du pays. Fini les zones expérimentales : un motard parisien et un motard marseillais sont désormais soumis aux mêmes règles. Cette pratique reste d’ailleurs un cas particulier de la conduite à moto sur voie rapide, à connaître au même titre que les autres règles à appliquer pour rouler à moto sur autoroute.
Où peut-on pratiquer l’interfile, et avec quel véhicule ?
L’interfile ne se pratique pas partout. La loi la réserve aux autoroutes et aux routes à chaussées séparées par un terre-plein central. Ces axes comptent au moins deux voies par sens, avec une vitesse maximale de 70 à 130 km/h. En ville, elle reste interdite. Idem sur les boulevards sans terre-plein central et sur toute voie limitée à moins de 70 km/h.
Côté véhicules, seuls les deux-roues et trois-roues motorisés des catégories L3e et L5e, d’une largeur maximale d’un mètre, y ont droit. Les quads, side-cars et trikes larges en sont exclus : pour eux, remonter les files expose aux mêmes sanctions qu’une infraction classique.
Vitesse et placement : les règles à respecter
La pratique n’est permise que lorsque le trafic est dense, formant des files ininterrompues qui roulent au pas ou sont à l’arrêt. Un simple ralentissement passager ne suffit pas. Le motard doit alors se faufiler uniquement entre les deux voies les plus à gauche de la chaussée — jamais sur la bande d’arrêt d’urgence ni entre les files de droite.
La vitesse est strictement plafonnée à 50 km/h, une limite absolue qui s’applique même si les voitures à côté roulent plus vite. Lorsqu’une file est totalement à l’arrêt, ce plafond descend à 30 km/h. Le différentiel de vitesse avec les véhicules dépassés ne doit pas excéder 30 km/h. Le motard ne doit jamais forcer le passage ni doubler un autre deux-roues déjà engagé en interfile. Dès qu’une file dépasse 50 km/h, le motard doit reprendre sa place dans la circulation.
Quelles sanctions en cas de non-respect ?
Le non-respect de l’une de ces conditions — route non autorisée, vitesse excessive, mauvais placement, dépassement d’un autre motard en interfile — constitue une contravention de 4e classe : 135 € d’amende et 3 points retirés sur le permis. Fait nouveau : le décret autorise la vidéo-verbalisation. Les forces de l’ordre peuvent relever l’infraction à distance, sans interception, et adresser la contravention quelques jours plus tard.
Ces 3 points perdus ne sont pas définitifs : il reste possible de les récupérer en suivant un stage de sensibilisation à la sécurité routière.
Interfile moto : les bons réflexes de sécurité
La légalité ne dispense pas de prudence. En interfile, les automobilistes peuvent changer de voie sans vous voir : anticipez, gardez un différentiel de vitesse modéré et restez parfaitement maître de votre trajectoire. Misez tout sur la visibilité. Roulez feux de croisement allumés et portez des équipements réfléchissants. Pour signaler votre présence, préférez un coup de klaxon à un coup de gaz. Porter un équipement moto complet et conforme reste, là encore, la base de votre sécurité.