Le long de la gare Montparnasse, des dizaines d’emplacements réservés aux deux-roues motorisés restent désespérément vides. Depuis l’instauration du stationnement payant en 2022, ce paradoxe s’est installé durablement dans le paysage parisien : des places disponibles, mais peu ou pas utilisées.

Une résistance organisée face à la redevance

La Fédération des Motards en colère ne cache pas son opposition. Son président, Jean-Marc Belotti, revendique une position claire : le deux-roues motorisé contribue à fluidifier la circulation urbaine et mérite d’être encouragé, non taxé. La fédération incite ouvertement ses adhérents à ne pas s’acquitter du stationnement.

Conséquence directe : sur les 42 000 places dédiées aux deux-roues motorisés à Paris, une partie serait occupée sans paiement, tandis que le reste demeure inoccupé. Un double phénomène qui rend la mesure difficile à défendre sur le terrain.

Moins de motos thermiques, plus de scooters électriques

Le nombre de deux-roues motorisés circulant dans la capitale a reculé de 10 000 véhicules en trois ans depuis l’entrée en vigueur de la tarification. Mais cette baisse globale masque une mutation profonde du parc.

Nicolas Magnien, concessionnaire de scooters et motos dans le 15ᵉ arrondissement, l’a observé au quotidien : dès 2022, les clients se sont massivement séparés de leurs engins thermiques, poussés par le coût du stationnement mais aussi par le développement du télétravail. Aujourd’hui, les scooters électriques représentent 90 % de ses ventes — et bénéficient d’une gratuité de stationnement. En trois ans, leur part dans le parc parisien a progressé de plus de dix points.

Une mobilité parisienne en pleine recomposition

Pour autant, le deux-roues motorisé n’a pas disparu des rues de Paris. Selon le directeur du cabinet de recherches sur les mobilités 6T, le trafic reste soutenu aux heures de pointe. Ce qui change, c’est la nature même des déplacements rapides individuels.

Une partie des usagers s’est reportée vers les transports en commun et le vélo. Mais un nouvel acteur s’impose désormais dans l’espace urbain : le fat bike, ces vélos à roues surchargées qui circulent sur les pistes cyclables, stationnent n’importe où et roulent à des vitesses excessives, dans un vide réglementaire quasi total.

La transformation de la mobilité parisienne est donc bien engagée, mais elle génère autant de nouvelles tensions qu’elle n’en résout. La question du cadre juridique applicable aux fat bikes, comme celle de l’efficacité réelle du stationnement payant pour les deux-roues, reste entière.