Des stations à sec, des prix parfois supérieurs à ceux pratiqués en Europe, des files d’attente sur plusieurs kilomètres : depuis que les frappes ukrainiennes ciblent les raffineries russes, la pénurie de carburant s’est installée à l’échelle nationale. Face à cette crise, des milliers d’automobilistes russes se tournent vers une alternative déjà bien ancrée dans le pays : le gaz de pétrole liquéfié (GPL).
Poutine reconnaît la crise, les ateliers croulent sous les demandes
Vladimir Poutine a admis dimanche, lors d’une intervention sur la télévision d’État, que les attaques de drones ukrainiens contre les infrastructures pétrolières russes avaient provoqué des pénuries de carburant. Il a toutefois assuré que la situation restait maîtrisée et que le gouvernement avait engagé des mesures correctives.
Sur le terrain, la réalité des ateliers de conversion raconte une autre histoire. Sergei Medvedev, fondateur de Medvedev GBO, a reçu 276 appels en une seule journée, mais n’a pu en honorer qu’une trentaine à une quarantaine. Chez Garant-Gas, à Moscou, le dirigeant Egor Popov annonce sans détour : « Notre liste d’attente s’étend jusqu’en septembre. »
L’explication de cet engouement soudain tient à l’écart de prix : le GPL revient 50 % à deux tiers moins cher que l’essence dans les stations-service russes, et les files d’attente y sont inexistantes.
Comment fonctionne la conversion au GPL
Passer au GPL ne signifie pas remplacer son moteur. Le véhicule conserve son circuit essence d’origine, auquel s’ajoute un second système alimenté par un réservoir de butane et de propane à l’état liquide, logé à la place de la roue de secours ou sous le plancher. Un simple bouton permet de basculer d’un carburant à l’autre, offrant ainsi une double autonomie particulièrement précieuse en période de pénurie.
Ces deux gaz sont issus du traitement du gaz naturel et du raffinage du pétrole brut. Selon Reuters, ils génèrent moins d’émissions que l’essence.
La Russie, déjà première consommatrice mondiale de GPL automobile
La crise n’a pas inventé le GPL en Russie : le pays en est le premier consommateur automobile mondial. En 2024, selon la World Liquid Gas Association, la Russie a brûlé environ 3,5 millions de tonnes de GPL comme carburant. L’an dernier, les usages automobiles représentaient 54 % de la consommation totale de GPL russe, contre un peu plus d’un tiers absorbé par l’industrie pétrochimique.
Un carburant alternatif qui trouve aussi son public en France
L’écart de prix constaté en Russie n’est pas une anomalie de crise. En France, le litre de GPL s’échange fréquemment entre 0,70 et 1,00 euro, contre environ 2 euros pour l’essence ou le diesel, un différentiel proche de 50 % qui rejoint l’expérience russe. Plus de 1 700 stations distribuent déjà ce carburant sur le territoire, selon le site spécialisé Gaz-Mobilité, ce qui en fait le réseau alternatif le plus étendu du pays. Pour les automobilistes tentés, mieux vaut toutefois peser les avantages et les inconvénients de cette motorisation avant de se lancer.
Sur le plan environnemental, le GPL permet une réduction d’environ 15 à 20 % des émissions de CO₂ par rapport à une essence équivalente, avec très peu de NOx et de particules, toujours selon Gaz-Mobilité. Les véhicules GPL bénéficient de la vignette Crit’Air 1 quel que soit leur âge, préservant ainsi leur accès aux zones à faibles émissions.
Un bémol à noter : rouler au GPL entraîne une surconsommation de 20 à 25 % par rapport à l’essence, selon l’assureur MMA. Le coût au kilomètre reste néanmoins inférieur grâce au prix à la pompe plus bas. Plusieurs régions françaises proposent par ailleurs des cartes grises gratuites ou à tarif réduit pour les véhicules GPL, auxquelles peut s’ajouter une prime à la conversion.
La pression sur les ateliers russes devrait rester forte tant que les frappes ukrainiennes continueront de perturber l’approvisionnement en carburant. La capacité du gouvernement russe à stabiliser les prix de l’essence sera déterminante pour freiner — ou amplifier — cette migration massive vers le GPL.