Le Global EV Outlook 2026 de l’Agence internationale de l’énergie, publié le 20 mai dernier, met un chiffre précis sur une réalité longtemps évoquée sans données solides : 75 % des sessions de recharge de véhicules électriques dans le monde se déroulent à domicile ou au travail. Ce seul chiffre suffit à expliquer pourquoi l’équation économique du VE tient — ou s’effondre — selon l’endroit où l’on branche son véhicule.

Un rapport de 1 à 3,4 entre recharge à domicile et recharge rapide publique

Selon les données d’enquête mondiale compilées par l’AIE, la recharge sur bornes rapides publiques ne représente que 10 % des sessions. Le reste se répartit entre la recharge lente publique et d’autres formes d’accès partagé.

Ces proportions ont une incidence directe sur la facture énergétique, car le prix de l’électricité varie considérablement selon le point de recharge. L’AIE documente un écart allant jusqu’à 150 % entre les tarifs de recharge lente publique et les tarifs résidentiels. Pour la recharge rapide publique, cet écart atteint 240 % au-dessus du prix résidentiel — soit plus de deux fois et demie le coût d’une recharge à la maison.

La conséquence est sans appel : un propriétaire de VE qui dépendrait exclusivement des bornes rapides publiques paierait davantage en électricité qu’un conducteur de véhicule à essence ne débourse en carburant. L’argument économique central du véhicule électrique repose donc entièrement sur la recharge à domicile.

L’avantage économique du VE résiste, mais sous conditions

L’AIE rappelle qu’un véhicule électrique à batterie consomme en moyenne 70 % moins d’énergie par kilomètre qu’un véhicule à essence comparable. C’est cette efficacité structurelle qui préserve l’avantage économique du VE, même dans un contexte de hausse des tarifs électriques. Reste à savoir combien coûte vraiment une recharge à domicile, une fois pris en compte le tarif de l’électricité et la fréquence de charge.

Aux États-Unis, les données de l’AIE illustrent cette dynamique sur cinq ans. Entre 2020 et 2025, le coût annuel de fonctionnement d’un véhicule à essence est passé d’environ 1 000 à 1 400 dollars. Sur la même période, le coût annuel de recharge à domicile d’un VE est passé d’environ 450 à 600 dollars, sous l’effet d’une hausse des tarifs résidentiels de l’électricité de plus de 50 %. Malgré cette progression des deux côtés, l’écart net en faveur du VE a progressé de plus de 50 %, pour atteindre environ 860 dollars d’économies annuelles en 2025.

La crise pétrolière creuse encore l’écart

Le rapport de l’AIE consacre un encadré spécifique à l’effet de la fermeture du détroit d’Ormuz et à la hausse des prix du pétrole qui en a découlé. Sur la base des prix de carburant d’avril 2026, l’agence estime que les économies de fonctionnement du VE par rapport à l’essence ont augmenté de 20 % à 45 % dans la majorité des pays depuis le début de la crise.

Aux États-Unis, les économies annuelles sont ainsi passées d’environ 900 à 1 300 dollars. L’AIE précise toutefois que l’ampleur de cet effet dépend de la fiscalité sur les carburants : dans les pays européens où les taxes représentent une large part du prix à la pompe, la hausse du brut se répercute moins directement sur le consommateur. Aux États-Unis, où la taxation est plus faible, la corrélation entre le prix du baril et le prix à la pompe est plus directe, ce qui amplifie l’avantage du VE rechargé à domicile.

Ce que ces données impliquent pour les propriétaires de VE en France

Le contexte français renforce encore les conclusions de l’AIE. Grâce à un mix électrique très largement nucléaire, le tarif résidentiel de l’électricité y reste parmi les plus compétitifs d’Europe de l’Ouest, ce qui creuse l’écart avec les bornes rapides publiques pour les conducteurs sans solution à domicile. La recharge publique française n’échappe d’ailleurs pas aux critiques, avec des prix souvent opaques et un réseau encore inégal selon les territoires.

Pour concrétiser l’avantage de la recharge à domicile, l’installation d’une borne dédiée — une wallbox de 7,4 kW dans la plupart des cas — demeure l’investissement le plus déterminant. Depuis le 1er janvier 2026, le crédit d’impôt qui finançait cette installation a été supprimé. En maison individuelle, il ne reste qu’une seule aide nationale : la TVA réduite à 5,5 %, appliquée sur le matériel et la pose à condition de faire appel à un professionnel certifié IRVE. La prime Advenir, elle, est désormais réservée au résidentiel collectif et aux copropriétés.

Les chiffres de l’AIE confirment que les trois quarts des conducteurs de VE dans le monde ont déjà adopté ce modèle de recharge. Pour le quart restant, qui dépend largement des infrastructures publiques, l’écart de coût documenté par l’agence représente un signal d’alarme difficile à ignorer. Reste, pour ceux qui rechargent chez eux, à optimiser le coût de sa recharge à domicile en jouant sur le contrat d’électricité et les heures de charge.