Une étude publiée le 22 mai par l’association Que Choisir Ensemble dresse un bilan contrasté de l’infrastructure de recharge pour véhicules électriques en France. Si le déploiement des bornes publiques progresse à un rythme soutenu, les tarifs pratiqués restent incompréhensibles pour les consommateurs et les inégalités d’accès demeurent profondes.

Un réseau en expansion, mais des angles morts persistants

Fin 2025, la France recensait près de 185 500 bornes de recharge accessibles au public, soit une hausse de plus de 130 % entre 2022 et 2025, portée en grande partie par le développement des bornes rapides et ultra-rapides. À ce rythme, l’objectif gouvernemental de 400 000 bornes publiques d’ici 2030 apparaît atteignable, selon l’association.

Pourtant, cette dynamique ne suffit pas à garantir un accès équitable sur l’ensemble du territoire. Des disparités subsistent sur certains axes routiers et dans les zones moins densément couvertes.

Le point le plus préoccupant reste la situation de l’habitat collectif. Près de la moitié des Français vivent en appartement, mais seulement 6 % des immeubles dotés d’un parking sont équipés de bornes. Que Choisir Ensemble juge par ailleurs que les dispositifs en place « favorisent les opérateurs privés au détriment de solutions plus pérennes et plus protectrices pour les consommateurs ».

Des pannes qui découragent les conducteurs longue distance

La fiabilité du réseau public constitue un autre motif d’inquiétude. En 2025, seulement 68,5 % des bornes étaient disponibles en permanence, et environ 6 % sont restées hors service plus d’une semaine consécutive.

Ces défaillances pèsent particulièrement sur les conducteurs effectuant de longs trajets, pour lesquels les options de recharge alternatives sont souvent limitées. Les problèmes de maintenance et d’indisponibilité figurent d’ailleurs parmi les premières sources d’insatisfaction citées par les utilisateurs.

Des écarts de prix qui peuvent atteindre 490 %

C’est sur la question tarifaire que l’étude livre ses constats les plus frappants. Entre le 1er et le 21 avril 2026, Que Choisir Ensemble a relevé les prix pratiqués par huit opérateurs de mobilité sur 121 points de recharge. Résultat : une « opacité tarifaire » généralisée, avec des prix « incompréhensibles et bien plus élevés qu’à domicile ».

Sur une même borne, le tarif varie fortement selon l’application ou le badge utilisé. L’écart moyen entre le tarif le plus bas et le plus élevé atteint 126 % en zone urbaine, 99 % à proximité des routes nationales et 72 % sur autoroute. Cas extrême relevé par l’étude : à Langres, sur une borne de 22 kW (N19), le prix oscille entre 0,30 et 1,78 euro/kWh selon l’opérateur, soit un écart de 490 %.

En termes concrets, une recharge de 20 kWh — correspondant à environ 100 km d’autonomie — coûte en moyenne 10,8 euros sur une borne de 22 kW, mais peut grimper jusqu’à 35,6 euros avec les tarifs les plus élevés. Sur une borne de 150 kW, la moyenne s’établit à 11,6 euros, avec des pointes à 18,7 euros. À titre de comparaison, la même recharge effectuée à domicile au tarif réglementé revient à environ 3,8 euros.

L’association pointe également la complexité des structures tarifaires, qui mêlent prix au kilowattheure, frais fixes de connexion, facturation à la minute et frais de stationnement dans des proportions très variables. À cela s’ajoutent l’absence d’affichage des prix sur les bornes, la rareté des terminaux de paiement par carte bancaire et un référencement incomplet des points de recharge selon les plateformes.

Trois mesures réclamées pour protéger les consommateurs

Face à ce constat, Que Choisir Ensemble formule trois recommandations concrètes :

  • Un affichage obligatoire, clair et harmonisé des tarifs avant et pendant la recharge sur toutes les bornes publiques
  • La généralisation du paiement par carte bancaire sur l’ensemble des bornes accessibles au public
  • La création d’un site public recensant tous les prix pratiqués aux bornes, sur le modèle du comparateur officiel des prix des carburants

Ces propositions interviennent alors que la transition vers la mobilité électrique s’accélère. La capacité des pouvoirs publics à encadrer la transparence tarifaire — comme cela existe déjà pour les prix des carburants — et à combler les lacunes du réseau, notamment dans les copropriétés, conditionnera largement l’adhésion des automobilistes à ce changement de motorisation.