L’usine Renault de Cléon s’apprête à accueillir l’assemblage d’un moteur électrique conçu en Chine. Un tournant majeur pour la production automobile française.

Assemblage franco-chinois : le pari de la compétitivité

Renault franchit une étape symbolique en décidant d’assembler, dès 2027, un moteur électrique d’origine chinoise. Les composants viendront directement de Shanghai e-Drive, pour équiper notamment des modèles compacts comme la future Twingo électrique à prix accessible, pensée pour élargir l’accès à la mobilité zéro émission.

Jusqu’ici, l’usine de Cléon était reconnue pour fabriquer intégralement ses moteurs, de la fonderie à l’assemblage final. L’arrivée de ce moteur importé bouscule la donne. Renault prévoit l’installation d’une nouvelle chaîne capable de produire jusqu’à 120 000 unités par an. Ce volume illustre une ambition claire : rester leader dans l’électromobilité européenne. Miser sur la rapidité et l’efficacité devient essentiel face à la concurrence asiatique grandissante.

Nouveaux défis pour le site historique de Cléon

L’usine de Cléon a vu naître des moteurs emblématiques depuis les années 1960. Aujourd’hui, elle doit composer avec la transformation rapide vers l’électrique et adapter son activité traditionnelle aux exigences du marché moderne.

L’arrivée de ce moteur chinois soulève des interrogations parmi les salariés. Pour certains, cette nouveauté permet de maintenir l’emploi local. D’autres redoutent que l’assemblage, moins gourmand en main-d’œuvre que la fabrication complète, remplace progressivement certaines lignes existantes. Les syndicats alertent sur le risque de voir diminuer l’activité liée aux moteurs produits intégralement sur place.

Évolution des métiers et montée en compétence

Passer de la fabrication totale à l’assemblage modulaire implique des changements de postes et une nouvelle organisation interne. Désormais, les techniciens manipulent davantage des kits préassemblés que des pièces brutes à usiner. Cette mutation oblige Renault à renforcer la formation des équipes pour relever ces nouveaux défis techniques.

Investir dans le savoir-faire local devient un atout incontournable. Cela favorise une synergie entre l’expertise française et la fiabilité industrielle asiatique, créant ainsi des modèles uniques adaptés au marché européen.

Tensions et attentes sociales

La question de la pérennité de l’emploi reste centrale. Si cet investissement garantit une activité supplémentaire, il ne génère pas autant de postes que la production classique. Les syndicats demandent des garanties pour sauvegarder la filière locale face à cette internationalisation croissante.

Cependant, cette stratégie pousse Renault à diversifier les missions confiées à Cléon, ouvrant la voie à de futurs projets industriels. Le but est clair : transformer le site en véritable hub industriel de l’électrique, apte à accueillir plusieurs types de productions avancées.

Moteur électrique importé : quelles différences avec la technologie locale ?

Ce nouveau bloc se distingue d’abord par sa conception. Contrairement aux moteurs “made in Normandie”, réalisés de A à Z à Cléon et réputés pour leur technologie sans terres rares, le moteur importé sera assemblé à partir d’éléments fournis par un partenaire asiatique.

Cette différence traduit des choix stratégiques opposés. Le moteur français privilégie la performance et l’innovation écologique. À l’inverse, le bloc chinois mise sur l’efficacité économique et la simplicité d’intégration dans les citadines populaires.

  • Production locale : matériaux usinés et moulés sur site pour les moteurs historiques.
  • Moteur importé : composants fabriqués en Chine, assemblage effectué en France.
  • Technologie : absence de terres rares pour les blocs locaux, standardisation pour le moteur chinois.
  • Capacité d’assemblage prévue : jusqu’à 120 000 moteurs par an à Cléon.

Cléon au cœur de la stratégie multi-marques

Le nouveau moteur électrique d’origine chinoise profitera non seulement à Renault mais aussi à d’autres marques partenaires. Il renforce le rôle central de Cléon dans la chaîne de valeur du groupe, tout en accélérant l’introduction de véhicules électriques sur plusieurs marchés européens.

En multipliant les collaborations, Renault optimise ses ressources et répond aux attentes du public pour une mobilité zéro émission. La diversification industrielle apparaît comme un levier clé pour préserver l’avenir des sites historiques et accompagner le virage écologique exigé par les autorités européennes.

CaractéristiqueMoteur local CléonMoteur importé Shanghai e-Drive
Origine des composants100 % FranceChine
Procédé de productionFonderie, usinage, assemblageAssemblage uniquement
Main-d’œuvre nécessairePlus importanteMoins importante
Utilisation de terres raresNonDépend du fournisseur
Capacité annuelle estiméeVariable selon modèleJusqu’à 120 000

Entre tradition et innovation : quel avenir pour l’industrie auto française ?

L’adoption de moteurs électriques venus de l’étranger illustre l’ouverture croissante de l’industrie automobile française aux chaînes de valeur mondiales. Ce choix permet de réduire les coûts, tout en posant la question du maintien du label “fabriqué en France”.

Sous pression pour électrifier rapidement ses gammes, Renault mise sur une combinaison gagnante : vitesse de déploiement et maintien d’un ancrage industriel national. Même si la fabrication intégrale recule, l’assemblage local demeure un atout pour conserver l’expertise française et protéger une partie des emplois régionaux. Voilà un équilibre subtil entre tradition et modernité !