Après plus de 45 ans d’existence et six générations au compteur, le Renault Espace ne connaîtra pas de septième vie. Le constructeur français a confirmé l’abandon pur et simple du modèle, sans remplacement à l’horizon. Deux facteurs conjugués scellent son sort : une nouvelle architecture technique incompatible avec ses spécificités, et des ventes en net recul.
Une plateforme nouvelle génération qui ne laisse pas de place aux 7 places
Au cœur de la décision figure la plateforme RGEV Medium 2.0, dévoilée dans le cadre du plan FutuReady présenté le 10 mars dernier. Cette base technique, destinée aux futures versions 100 % électriques de l’Austral et du Rafale de deuxième génération, embarque la technologie 800 V, promet jusqu’à 750 km d’autonomie avec des batteries 40 % moins coûteuses qu’actuellement, et peut accueillir jusqu’à 500 ch via une ou deux machines électriques, avec option de roues arrière directrices.
Problème : cette architecture n’a pas été conçue pour accueillir sept passagers. Or, c’était précisément le dernier argument distinctif de l’Espace face à ses rivaux du segment SUV. Sans compatibilité technique, pas de continuité possible.
Des chiffres de ventes qui ne plaident pas en sa faveur
Le marché a également rendu son verdict. En 2025 sur le territoire français, la sixième génération de l’Espace — lancée au printemps 2023 et restylée à l’été 2025 — n’a séduit que 8 687 acheteurs, soit un recul de 20,75 % par rapport à l’année précédente. L’effet de nouveauté attendu n’a pas eu lieu.
À titre de comparaison, les autres modèles de la gamme affichent des trajectoires bien différentes. La Clio reste le véhicule le plus vendu en France toutes catégories confondues avec 101 892 unités et une progression de 11,43 %. Le Scénic électrique, sacré Voiture Européenne de l’Année 2024, enregistre quant à lui une hausse de 80 % pour atteindre 16 128 unités. Même le Rafale, SUV coupé hybride rechargeable de 300 ch, progresse de 50,79 % avec 8 443 exemplaires livrés.
Quarante ans d’histoire, de l’icône au crépuscule
La saga Espace débute en 1984 avec une première génération au profil aérodynamique inédit, dotée d’un plancher plat et d’un habitacle pensé comme un salon roulant — une rupture totale dans le paysage automobile de l’époque. La deuxième génération, au début des années 1990, monte en puissance avec l’arrivée d’un moteur V6 et de la transmission Quadra, sans oublier l’extravagant Espace F1 à moteur V10 de plus de 800 ch.
L’Espace 3, lancé en 1996, introduit une carrosserie allongée portant le gabarit à 4,79 m pour mieux accueillir sept occupants. Son successeur, l’Espace 4, reste au catalogue pendant 13 ans — un record — mais voit déjà poindre la menace des SUV haut de gamme. En 2015, l’Espace 5 tente un virage crossover qui tourne court, plombé par des problèmes de fiabilité et un habitacle jugé décevant pour un gabarit de 4,85 m.
Quant à l’actuel Espace 6, son identité même prête à débat : selon la source, la direction de Renault sous Luca de Meo aurait pu le commercialiser sous le nom d’Austral Long ou Austral XL, avant de lui attribuer finalement le nom Espace pour sa valeur symbolique. Une décision qui n’aura pas suffi à relancer l’engouement.
Avec la montée en puissance des SUV électriques dans la stratégie de Renault, l’avenir de la gamme se dessine clairement autour de l’Austral et du Rafale et leurs évolutions technologiques. L’Espace, lui, restera dans les mémoires comme l’inventeur d’une catégorie qu’il n’aura pas su défendre jusqu’au bout.















