Peugeot a créé la surprise au salon de Pékin en dévoilant deux concepts inédits, le Concept 6 et le Concept 8, qui préfigurent deux futurs modèles de série : la 608 et le grand SUV 8008. Ces véhicules seront fabriqués à Wuhan, en partenariat avec Dongfeng, et destinés aussi bien au marché chinois qu’à l’export international. Une stratégie audacieuse, mais qui soulève autant de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Deux concepts pour combler un vide dans la gamme
La 508 a discrètement tiré sa révérence en mai 2025, et la 408 — pourtant récemment restylée — peine à convaincre. Le segment haut de gamme de la marque au lion est en difficulté. C’est dans ce contexte que Peugeot a présenté à Pékin ses deux études de style, exposées sous forme de maquettes.
Le Concept 6 incarne un break de chasse au gabarit de grande routière, taillé pour affronter des rivales comme l’Audi A6 Avant. Il devrait déboucher sur la Peugeot 608, une sorte de successeur spirituel de la 508 SW, mais positionné un cran au-dessus. Le Concept 8, lui, pose les bases d’un SUV chic appelé à devenir le vaisseau amiral de la gamme.
Un scénario déjà vu, avec Renault comme miroir
La démarche rappelle celle de Renault, qui a présenté son grand SUV haut de gamme Filante en Corée du Sud selon un schéma identique : un marché asiatique en ligne de mire, une production locale, et des ambitions à l’export. Le Filante affiche 4,92 m de long, ce qui laisse peu d’espoir quant à une commercialisation en Europe.
Pour le Concept 8, Peugeot n’a communiqué aucune dimension ni spécification technique. Selon les informations disponibles, la base technique des deux futurs modèles sera fournie par Dongfeng, le partenaire industriel local.
Le fantôme du SxC plane sur le projet
Ce n’est pas la première fois que Peugeot tente l’aventure du grand SUV premium en Asie. En 2011, au salon de Shanghai, la marque avait présenté le prototype SxC — pour « Shanghai Cross Concept ». Long de 4,87 m, il développait une puissance cumulée de 313 ch répartie sur les quatre roues grâce à une motorisation hybride rechargeable baptisée Hybrid4, avec une autonomie électrique annoncée de 12,5 km.
Dessiné dans le centre de style Peugeot de Shanghai, le SxC était resté sans suite, malgré un marché alors en pleine expansion et un attrait réel de la clientèle locale pour les marques françaises.
Dongfeng, un allié aux capacités limitées
Le choix de Dongfeng comme partenaire technique suscite des interrogations. Sur son unique marché, la Chine, le constructeur — via ses sous-marques Aeolus, Forthing ou Fengguang — n’a écoulé que 116 000 véhicules en 2025, le plaçant à la 40e position du marché local. À titre de comparaison, Leapmotor — fondé en 2019 et détenu en partie par Stellantis — a vendu 597 000 véhicules dans le monde l’an dernier, dont 80 % en Chine, et dispose déjà de la technologie 800 V, désormais incontournable pour les véhricules électriques.
Dongfeng s’est reconverti à l’automobile en 2009, après avoir longtemps opéré dans le secteur des poids lourds. Il a depuis développé son expertise en s’appuyant sur des partenariats avec Citroën, Honda, Kia et Nissan.
Une contrepartie qui pourrait faire mal en Europe
Le partenariat ne sera pas à sens unique. En échange de ses bases techniques et de son site industriel de Wuhan, Dongfeng réclamerait l’accès aux usines européennes de Stellantis. Selon le site Auto Infos, le constructeur chinois utiliserait notamment le site historique Citroën de Rennes — actuellement sous-exploité, limité à l’assemblage du C5 Aircross hybride rechargeable — pour produire ses propres modèles sur le sol européen, et ainsi s’affranchir des droits de douane.
Alors que Mercedes-Benz et Porsche eux-mêmes reculent en Chine, Peugeot choisit d’y revenir par la grande porte, au risque d’ouvrir, en retour, les portes de l’Europe à un concurrent de plus.















