L’électrification massive du parc automobile chinois aurait épargné 337 000 vies en 2023. C’est ce que révèle une étude publiée en mai 2026 dans la revue Nature Health, qui a analysé l’évolution de la qualité de l’air dans 150 villes chinoises sur une décennie.

Une décennie de données pour mesurer l’impact sanitaire

Pour parvenir à ce résultat, des chercheurs ont croisé des données sanitaires, démographiques, météorologiques et automobiles collectées entre 2013 et 2023. Des modèles d’apprentissage automatique ont ensuite permis de comparer les niveaux de pollution réellement mesurés à un scénario hypothétique dans lequel aucun véhicule à énergie nouvelle — électriques purs, hybrides rechargeables et à hydrogène — n’aurait été déployé.

Il ne s’agit pas d’un décompte direct de décès, mais d’une estimation statistique. Les chercheurs ont cherché à isoler l’effet propre de l’électrification parmi d’autres facteurs influençant la qualité de l’air, comme la météo, l’urbanisation ou les politiques antipollution. Cette question des effets de la circulation sur l’air rejoint d’ailleurs un débat français : lors d’un pic de pollution, les voitures électriques doivent-elles ralentir comme les autres ?

Des polluants en net recul dans les grandes villes

Les résultats montrent une réduction significative de plusieurs polluants urbains en 2023. La concentration de particules fines PM2,5 aurait diminué de 23,8 %, soit environ 8,97 µg/m³. Le recul atteint 30,7 % pour le monoxyde de carbone.

Ces particules PM2,5, suffisamment fines pour s’infiltrer profondément dans les voies respiratoires, sont associées aux maladies cardiovasculaires, aux accidents vasculaires cérébraux, aux cancers du poumon et aux pathologies respiratoires. La Chine figure parmi les pays les plus touchés au monde par les décès prématurés liés à la pollution atmosphérique.

Selon les auteurs, ces améliorations auraient permis d’éviter environ 262 000 décès prématurés non accidentels, auxquels s’ajoutent quelque 75 000 décès dans une catégorie sanitaire plus large, pour un total de 337 000 vies préservées.

Des progrès inégaux selon les territoires et les types de véhicules

L’étude tempère néanmoins son optimisme. La concentration de dioxyde d’azote n’a reculé que de 1,81 µg/m³, et les améliorations concernant les particules les plus grosses restent limitées. Les chercheurs pointent le rôle des poids lourds, encore très peu électrifiés, comme facteur bloquant.

Les bénéfices sont également inégalement répartis sur le territoire. Les métropoles les plus aisées, où l’adoption des véhicules électrifiés a été la plus rapide, enregistrent les gains les plus nets. Les villes aux revenus plus modestes affichent des progrès plus contenus.

Un marché automobile qui a basculé

Ces résultats sanitaires s’inscrivent dans un contexte de transformation radicale du marché automobile chinois. En mai 2026, les véhicules à énergie nouvelle représentaient 62,9 % des ventes de voitures neuves. Pour la première fois, les dix modèles les plus vendus étaient tous électrifiés — il faut désormais regarder jusqu’au top 20 pour n’y trouver que quatre thermiques —, tandis que les immatriculations de véhicules thermiques ont chuté de 39 % sur un an.

Le classement des dix voitures les plus vendues en mai 2026 illustre cette domination :

ModèleTypeVentes (unités)
Geely EX2 (Xingyuan)VE38 751
Tesla Model YVE28 911
Xiaomi SU7VE24 023
Leapmotor A10VE22 306
Li Auto i6VE20 878
BYD Sealion 06VE18 856
Tesla Model 3VE18 370
Wuling Hongguang MiniVE18 308
Aito M6VE / EREV18 148
Fang Cheng Bao Ti7PHEV17 510

L’étude souligne que le retrait progressif des motorisations thermiques peut produire des effets sanitaires mesurables dans des délais relativement courts, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées. La question de l’électrification des poids lourds s’impose désormais comme le prochain levier à actionner pour amplifier ces gains.