Le constructeur automobile allemand Volkswagen traverse une période de turbulences majeures. Sur les six premiers mois de 2026, le groupe a livré 4,13 millions de véhicules dans le monde, soit un recul de 6,3% par rapport à l’année précédente — et ce, alors qu’un ambitieux plan de réorganisation se heurte à de vives résistances en interne.

Un deuxième trimestre particulièrement difficile

Entre avril et juin, le groupe a écoulé 2,077 millions de véhicules, accusant une baisse de 8,6% sur un an. Ce repli s’ajoute à un premier trimestre déjà en retrait de 4%, confirmant une tendance à la dégradation.

La Chine, longtemps locomotive de croissance du groupe, concentre l’essentiel des difficultés : les livraisons y ont chuté de 36% au deuxième trimestre, sous la pression d’une concurrence locale féroce — ces mêmes marques chinoises qui mènent désormais l’offensive jusqu’en Europe. À l’inverse, l’Europe occidentale affiche une légère progression de 1,8%, et l’Amérique du Nord enregistre une hausse notable de 7,7%.

Un plan de réorganisation qui peine à s’imposer

Face à ce contexte, le président du directoire Oliver Blume pousse un vaste projet de restructuration, baptisé «Group Target Picture». Selon des informations de presse confirmées à l’AFP dans l’entourage du groupe, il n’est pas parvenu jeudi à réunir une majorité au conseil de surveillance en faveur de ce plan. Volkswagen n’a pas souhaité commenter ces informations.

Plusieurs médias allemands évoquent des fermetures d’usines en Allemagne et la suppression de quelque 50 000 emplois supplémentaires dans le monde — certaines sources, comme le Manager Magazin, avançant même jusqu’à 100 000 postes, soit près de 15% des effectifs du groupe. Toujours selon la presse allemande, la direction envisagerait par ailleurs de ramener la capacité de production annuelle de dix à neuf millions de véhicules, avec des réductions de 500 000 unités en Chine et autant en Allemagne. Le nombre de modèles proposés pourrait quant à lui être réduit de moitié.

Salariés et syndicats vent debout contre les suppressions de postes

Les représentants des salariés et le Land de Basse-Saxe, deuxième actionnaire du groupe, ont publiquement rejeté les coupes envisagées. Des manifestations ont eu lieu jeudi sur plusieurs sites allemands, à l’appel du comité d’entreprise et du syndicat IG Metall.

Dans une lettre adressée vendredi aux employés, les représentants du personnel ont affirmé que «la transformation ne peut réussir qu’avec les salariés, et non contre eux». Ils dénoncent le manque de transparence sur les suppressions de postes envisagées, qualifiant d’«absurdes» les chiffres qui circulent dans la presse.

Un bras de fer qui pourrait durer des mois

Pour Stephan Bratzel, directeur du Center of Automotive Management, les négociations pourraient s’étirer sur plusieurs mois, jusqu’à celles de la prochaine convention collective. L’expert juge néanmoins inévitable une réduction des capacités de production, notamment sur les sites allemands aux coûts élevés.

Malgré les blocages, Oliver Blume a réaffirmé vendredi la détermination de la direction : «Le directoire poursuit la transformation du groupe et assume sa responsabilité pour l’avenir durable de l’entreprise avec la restructuration la plus importante de son histoire.» Le directeur financier Arno Antlitz a pour sa part insisté sur la nécessité de réduire résolument les coûts pour continuer à investir dans l’électrique, les logiciels et les nouvelles technologies — le nerf de la guerre pour une marque qui mise sur des modèles comme sa future citadine électrique à moins de 25 000 €.

Une nouvelle réunion du conseil de surveillance est prévue début septembre. C’est à cette échéance que se jouera peut-être l’avenir du plan de restructuration — et celui de dizaines de milliers d’emplois.