Un robot humanoïde va entrer en service à l’usine Renault de Douai d’ici la fin juin. Baptisé Calvin, il est actuellement testé en horaires nocturnes et sera chargé, selon la direction, des tâches physiquement les plus éprouvantes. Mais parmi les salariés, la question de l’emploi s’impose avec force.
Une technologie venue du monde du handicap
Calvin est animé par une intelligence artificielle dite physique — et non générative — dont les principes s’inspirent directement des exosquelettes développés pour aider les personnes en fauteuil roulant à marcher. Jean-Louis Constanza, cofondateur de Wandercraft, la société à l’origine de la technologie, ne cache pas ses ambitions :
« On va être capable de robotiser encore plus les usines françaises, puis les centres postaux, puis les centres logistiques. Et pour faire tout cela, il va falloir fabriquer des centaines de milliers puis des millions de robots. »
Parmi ses atouts techniques, Renault met en avant une installation rapide, une faible emprise au sol, une grande flexibilité d’utilisation et un taux d’erreur d’un pour mille.
Des tâches pénibles dans le viseur
La direction cible en priorité les opérations les plus contraignantes pour le corps humain. Éric Marchiol, directeur Métaverse, industrie et qualité du groupe Renault, cite un exemple concret : soulever un pneu de 14 kilogrammes toutes les 15 secondes. « C’est vraiment ce type de tâches qu’on cible en déploiement rapide », précise-t-il.
L’usine de Douai n’est pas étrangère à la robotisation : les premiers automates y ont été introduits en 1976, d’abord pour la soudure, puis pour l’emboutissage, le montage et la peinture. Aujourd’hui, 11 000 robots sont déployés sur les 23 sites du groupe à travers le monde.
Le site de Douai n’est d’ailleurs pas un lieu anodin : il assemble la Renault 5 E-Tech, best-seller électrique de la marque.
Les salariés face à une question sans réponse claire
Si Renault promet un plan de formation et assure que les emplois seront maintenus, les ouvriers restent sceptiques. « On dirait quelqu’un, on dirait une vraie personne. Non c’est fou », réagit Ilyes Zenagui, retoucheur électricien. Son collègue Younes Djillali pose la question qui résume l’inquiétude collective : « Si le robot commence à nous remplacer, on va se retrouver où ? »
Du côté syndical, Ludovic Bouvier, coordinateur CGT Métallurgie Hauts-de-France, juge que l’on franchit un cap inédit : « On est au-delà des révolutions industrielles qu’on a pu connaître depuis des décennies. » Il reconnaît que de nouveaux métiers émergeront, mais doute qu’ils compensent les suppressions de postes.
Un déploiement massif programmé à l’horizon 2027
L’ambition de Renault dépasse largement le site nordiste. D’ici fin 2027, 350 robots de nouvelle génération doivent être déployés sur l’ensemble des sites européens du constructeur. Dans les prochains mois, Renault prendra également en charge la fabrication en série de Calvin.
Reste à savoir si cette production se fera à Douai ou ailleurs — une incertitude supplémentaire pour les équipes d’une usine qui sera, quoi qu’il en soit, au cœur de cette transition industrielle.















