Tesla a fait de la radio une option payante sur ses Model 3 et Model Y d’entrée de gamme, et Rivian vient de supprimer le tuner FM de son SUV électrique R2 aux États-Unis. Derrière ces choix industriels, une inquiétude de fond : des millions d’automobilistes pourraient être coupés d’un média qu’ils écoutent surtout au volant.
Un mouvement qui s’étend au-delà de Tesla
En France, conserver la radio hertzienne sur une Tesla Model 3 ou Model Y Standard 2026 suppose d’opter pour une « mise à niveau de la radio » facturée 520 euros, qui installe un tuner FM et DAB+ ainsi que les antennes nécessaires. La réception AM, elle, n’est plus proposée du tout. Aux États-Unis, Tesla est même allée jusqu’à retirer toute réception terrestre de ses modèles d’entrée de gamme, devenant le premier grand constructeur à franchir ce pas.
Rivian franchit désormais le même cap aux États-Unis. Le manuel du propriétaire du R2 — dont les premières livraisons ont débuté en juin — confirme l’absence de tuner FM. L’accès à la radio y passe exclusivement par l’application iHeartRadio, qui exige une connexion cellulaire active. BMW et Volkswagen avaient déjà retiré le tuner AM de certains modèles au début des années 2020, invoquant des interférences avec les motorisations électriques.
Quarante millions d’auditeurs concernés, surtout en voiture
En France, près de 40 millions de personnes écoutent la radio chaque jour, et la moitié de cette écoute se produit hors du domicile, principalement en voiture. Selon les données Médiamétrie présentées lors des Assises de la radio organisées par l’ARCOM, la voiture représente le premier lieu d’écoute à 73 %, loin devant le domicile (55 %).
La FM n’est pas qu’un canal de divertissement. France Info, France Inter, les alertes trafic autoroutières et les bulletins météo d’urgence y transitent encore. Dans les zones sans couverture mobile, la radio hertzienne demeure le seul vecteur d’information fiable lors d’une catastrophe naturelle.
Un vide juridique que certains constructeurs exploitent
La législation européenne impose, depuis fin 2020, l’intégration d’un récepteur de radio numérique terrestre (DAB+) dans tout autoradio installé sur un véhicule neuf vendu dans l’Union européenne. En supprimant l’ensemble du tuner plutôt qu’en le remplaçant, certains constructeurs contournent cette obligation sans la violer formellement.
L’ARCOM s’en alarme dans son Livre blanc sur l’avenir de la radio, plaidant pour une réponse européenne qui garantisse un accès effectif à la radio dans tous les véhicules neufs. L’industrie musicale française a adressé une lettre ouverte aux autorités européennes pour exiger un récepteur FM et DAB+ obligatoire.
Une bascule vers le DAB+ encore loin d’être achevée
En France, le DAB+ (radio numérique terrestre) poursuit son déploiement, mais il coexiste pour l’instant avec la FM : aucune date officielle d’extinction de la bande FM n’a été arrêtée. Tant que cette bascule n’est pas achevée, acquérir un véhicule neuf dépourvu de tuner revient à se priver d’un média que des dizaines de millions de Français utilisent encore quotidiennement au volant.
La pression réglementaire européenne sera déterminante dans les prochains mois. Si aucune obligation contraignante n’est adoptée rapidement, d’autres constructeurs pourraient suivre l’exemple de Tesla et Rivian, rendant l’accès à la radio hertzienne une option payante plutôt qu’une évidence.















