L’homologation du logiciel de conduite supervisée de Tesla à l’échelle européenne se révèle bien plus ardue qu’anticipé. Si les Pays-Bas ont ouvert la voie en avril, plusieurs régulateurs du nord du continent multiplient les objections techniques et juridiques, tandis que le constructeur américain adopte une stratégie pays par pays pour contourner l’absence de feu vert communautaire.

Un point de départ néerlandais, mais des données sous clé

Depuis le 10 avril 2025, les automobilistes néerlandais sont autorisés à utiliser le « Full Self-Driving (Supervised) » de Tesla sur les routes du pays. L’autorité routière RDW a délivré cette homologation provisoire à l’issue de 18 mois d’essais, estimant que le système, correctement utilisé, contribue à améliorer la sécurité routière.

Problème : le RDW refuse de rendre publics les détails de ses tests, invoquant la confidentialité des informations. Les autres États membres se retrouvent donc à devoir se prononcer sur une technologie sans accès aux données d’évaluation qui ont fondé cette décision.

Fort de cette première approbation, Tesla a immédiatement sollicité l’Estonie, la Finlande et la Suède pour qu’elles reconnaissent l’homologation néerlandaise sans engager leurs propres procédures d’évaluation. Une démarche que les régulateurs concernés n’ont pas accueillie sans réserves.

Des questions techniques qui font tache en Scandinavie

Des courriels internes obtenus par Reuters via des demandes d’accès aux documents publics révèlent les inquiétudes concrètes des autorités nordiques. Un inspecteur suédois s’est dit « assez surpris » d’apprendre que le FSD pouvait dépasser les limitations de vitesse en vigueur, malgré les progrès récents de la conduite autonome supervisée de Tesla.

Son homologue finlandais a, lui, mis en doute la fiabilité du système sur routes enneigées ou verglacées à 80 km/h — un scénario courant dans la région. Les régulateurs scandinaves ont également soulevé la question de la détection des élans, animaux fréquemment présents sur les routes de Finlande, de Suède et de Norvège.

Au-delà des aspects techniques, le nom même du logiciel suscite des interrogations. Plusieurs législateurs ont demandé si l’appellation « Full Self-Driving » — qui suggère une autonomie totale — ne risquait pas d’induire les utilisateurs en erreur, alors que le conducteur doit rester attentif en permanence et être prêt à reprendre le contrôle à tout moment. Les autorités suédoises se sont déclarées « globalement positives » envers les technologies de conduite automatisée, sous réserve du respect des règles en vigueur — une ouverture de principe qui ne vaut pas encore approbation.

La Belgique entre dans la danse, région par région

En parallèle, la ministre des transports flamande a annoncé avoir demandé à Tesla de lui transmettre les documents nécessaires à l’étude d’une éventuelle homologation accélérée en Flandre, région qui partage sa frontière avec les Pays-Bas. Elle espère déterminer d’ici la fin de la semaine si une procédure rapide est envisageable.

Tesla a également déposé une demande auprès de la Wallonie. Bruxelles, troisième région du pays, n’avait pas encore répondu au moment de la publication de ces informations. Cette fragmentation illustre la stratégie du constructeur : avancer case par case, là où le terrain semble le plus favorable, en l’absence de décision à l’échelle de l’Union européenne.

Pression sur les régulateurs et enjeux commerciaux

La tactique de Tesla ne s’est pas limitée aux démarches officielles. Elon Musk avait lui-même appelé ses clients à contacter les régulateurs lors de l’assemblée des actionnaires de novembre dernier. Des centaines de messages de soutien ont ainsi afflué vers les autorités norvégiennes, suédoises et finlandaises.

Le responsable européen des affaires politiques de Tesla a finalement présenté ses excuses à un législateur norvégien, reconnaissant que « de tels e-mails ne sont généralement pas utiles pour le processus d’approbation ».

L’enjeu commercial est pourtant considérable. Les ventes de Tesla ont chuté de 27 % en Europe en 2025, dans un contexte de boycotts liés aux activités politiques de son PDG. Le FSD, commercialisé par abonnement mensuel à 99 euros aux Pays-Bas, est présenté en interne comme un levier de reconquête. Un vote au niveau de l’UE pourrait intervenir lors du comité technique du 30 juin, mais les observateurs anticipent plutôt une décision en juillet ou en octobre — laissant encore du temps aux sceptiques pour se faire entendre.