Dix propriétaires chinois de Tesla ont déposé une plainte contre le constructeur américain pour publicité mensongère, réclamant au total 583 000 dollars de dommages et intérêts. Cette offensive judiciaire s’inscrit dans un mouvement mondial de contestation, après des actions similaires déjà engagées en Australie et aux Pays-Bas.

Le Hardware 3, au cœur d’une promesse impossible à tenir

Le litige trouve son origine dans une incompatibilité technique majeure : 4 millions de véhicules Tesla équipés du Hardware 3 ne peuvent pas faire tourner le système Full Self-Driving (FSD). Elon Musk lui-même a reconnu que ce composant ne dispose que d’un huitième de la bande passante mémoire du Hardware 4, rendant le FSD techniquement inaccessible sur ces voitures.

Les dix plaignants chinois avaient chacun déboursé environ 7 800 dollars pour acquérir le pack FSD entre 2019 et 2021, sous la pression de communications d’Elon Musk annonçant une hausse imminente des tarifs. Ils estiment avoir été induits en erreur sur les capacités réelles du système.

Un risque financier colossal pour Tesla en Chine

L’enjeu dépasse largement cette première plainte symbolique. La Chine compterait plus d’un million de véhicules dotés du Hardware 3. Or, la législation chinoise sur la protection des consommateurs prévoit, en cas de fraude avérée, un remboursement intégral assorti du triple du montant versé à titre de dommages et intérêts.

Si une part significative des propriétaires concernés venait à engager des poursuites, l’exposition financière de Tesla pourrait atteindre plusieurs milliards de dollars. La question est désormais de savoir combien d’acheteurs franchiront le pas.

Une mobilisation qui gagne du terrain à l’international

La contestation s’organise sur plusieurs fronts simultanément :

  • Australie : des milliers de propriétaires ont lancé une action collective dès le début de l’année 2025.
  • Pays-Bas : un site de réclamation collective dédié aux détenteurs de Hardware 3 rassemble déjà plus de 6 600 participants.
  • Chine : dix plaignants ont officiellement saisi la justice, ouvrant potentiellement la voie à un contentieux de masse.

Tesla rebaptise discrètement son système en Chine avant l’audience

À quelques jours de l’audience, Tesla a silencieusement renommé son système en Chine. Le « Full Self-Driving » est devenu « Tesla Assisted Driving », soit conduite assistée plutôt qu’autonome. Ce changement de terminologie permet au constructeur de se conformer à la classification de niveau 2 imposée par les régulateurs chinois, qui exigent que le conducteur reste en mesure de reprendre le contrôle à tout moment.

Cette manœuvre sémantique vise manifestement à désamorcer les accusations de promesses trompeuses. En Europe, le FSD poursuit malgré tout son déploiement progressif — l’Estonie ayant récemment rejoint les Pays-Bas et la Lituanie dans la liste des pays autorisant le système — mais une enquête en cours pourrait compromettre son expansion sur le continent.